Adapté d'une nouvelle d'Annie Proulx, le film raconte la passion secrète vécue pendant vingt ans par deux hommes, Ennis del Mar et Jack Twist.
Jack Twist et Ennis Del Mar ne savent rien l'un de l'autre. Mais garder ensemble les moutons va si bien les rapprocher, que, éloignés de toute civilisation, ils vont s'aimer d'un amour passionnel, à Brokeback Mountain. Débute alors une longue existence, longue parce que malheureuse, sous le signe de la culpabilité et de l'amour impossible, à l'ombre de femmes qu'ils auront bien du mal à garder, tant leur amour est aussi indestructible qu'irremplaçable. Ennis épouse Alma, Jack épouse Lureen, mais tout cela ne veut plus rien dire, quand, quatre ans après leur histoire de Brokeback Mountain, ils se retrouvent. Et ce qu'ils nommeront une partie de pêche pour échapper quelques jours à leurs partenaires respectives, sera le pécher lui-même. Pécher parce qu'au plus loin de leurs souvenirs d'enfants, l'homosexualité se paie très cher. Alors ils se quitteront, se retrouveront, plus personne n'est dupe - mais peu importe les douleurs infligées à leurs proches, un seul souffle de l'un vers l'autre suffit chaque fois à tout emporter. Ils essaieront encore d'assumer, en vain, leurs familles dont ils sont si loin, et tout leur échappera, jusqu'à la vie pour l'un d'entre eux dont on ne sera pas très sur des circonstances exactes de la mort. Un film sur le sentiment et la raison, sur la puissance de l'interdit, sur la difficulté d'être différent, sur le romantisme absolu. Un film sur la nature, sur la grandeur incontournable de l'attachement, 2h14 d'une beauté inouie.
La nouvelle d'Annie Proulx et la traduction respectueuse qui en a été faite par Ang Lee dans le film traduisent chacune dans une forme artistique spécifique le rapport émotionnel à l'union de deux êtres, deux hommes dans ce cas très précis, qui parle puissamment aux deux sexes et renvoie d'une façon universelle à toute forme d'union, hétérosexuelle ou homosexuelle.
Cette douleur de devoir quitter l'état de fusion de deux ames ponctuellement ou définitivement, est terrible: « i wish i knew how i quit you » : Je t'aime sans limite, je veux vivre auprès de toi, avec toi, en toi, je ne peux te quitter, je suis forcé de te quitter, cette perspective m'est trop douloureuse, nous séparer c'est nous tuer.
Jack, à l'insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d'enfant et d'adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d'Ennis, son compagnon d'amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu'ils se sont respectivement distribué. A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d'Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.
Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n'induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l'image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l'union de deux corps.
Récompenses: 1 lion d' or, 4 golden globes (Meilleur film dramatique, meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleure chanson originale), 3 oscars (meilleur réalisateur, meilleur musique de film, meilleur scénario adapté) + 16 nominations
<< Sometimes I miss you so much, I can hardly stand it >>